Après 4 ans de « petits » voyage à moto je suis arrivé à une conclusion qui m’a heurté de plein fouet. Jusqu’à présent je voyageais pour fuir. Mais c’est fini.

Je ne suis jamais parti faire le tour du monde en moto. Je n’ai jamais plaqué mon job pour partir en roadtrip pendant plusieurs mois. Mon expérience de voyage se résume seulement à des roadtrips de plusieurs semaines, parfois un mois entier. Je suis conscient que c’est une chance, un privilège de pouvoir le faire. Mais contrairement à certains je n’ai jamais mis ma vie en pause pour un voyage au long cours.

Pourtant, je crois que j’en aurais eu envie. Mon premier vrai voyage en moto a été l’occasion de découvrir ce que c’est que de mettre sa vie en suspens en rompant avec ses habitudes, en coupant les liens avec son quotidien, son boulot, ses proches. J’ai vécu ça comme une vraie libération à l’époque.

Le fait que ces coupures me calment aurait dû me faire comprendre qu’il y avait un problème quelque part… Au lieu de ça j’ai commencé à rouler toujours plus loin, toujours plus longtemps, jusqu’à épuisement complet du lever jusqu’au coucher du soleil. J’ai trouvé une forme d’anesthésie dans le roulage à outrance.

Le seul moyen que je connaisse pour ralentir le train de mes pensées c’est de focaliser mon attention sur des choses simples et immédiates. Rouler en moto remplit tous les critères : se concentrer sur la route, un virage après l’autre, rincer un réservoir et recommencer.

Si j’ai mis autant de temps à comprendre tout ça c’est sans doute parce que je n’ai jamais osé faire le vrai grand pas en prenant une année sabbatique pour rouler jusqu’au bout du monde et revenir (ou pas). Contrairement à certains qui disent partir pour s’émanciper d’une vie et d’un quotidien parfois un peu vide de sens, j’ai pour ma part la chance d’avoir un métier qui a du sens et il y a des personnes qui dépendent directement de la façon dont je m’y investis. Le monde ne s’arrêtera pas de tourner sans moi, mais je n’ai jamais réussi à lâcher prise suffisamment pour assumer le fait de tout plaquer et de partir.

A l’époque où mon activité de « motarologue » était à son pic, mon quotidien tournait exclusivement autour de moi et de mes projets. Le temps que j’avais entre deux projets était consacré uniquement à parler de moi, de mes activités, et de les raconter par écrit. Cet égocentrisme est  devenu épuisant.

En ralentissant mon rythme d’écriture j’ai pu prendre davantage de temps pour m’intéresser à ce que font les autres. Qu’il s’agisse de blogueurs ou de motards de la vraie vie. Je suis toujours abasourdi par la capacité et le courage qu’ont certains à mener des projets fabuleux.

Je constate en revanche que les grands voyageurs ont presque tous une chose en commun, dans laquelle je me retrouve aussi. J’ai souvent l’impression qu’eux aussi fuient quelque chose et que leur roadtrip est avant tout un voyage intérieur. Beaucoup cessent presque totalement de voyager après deux ou trois grands voyages, ou changent radicalement leur façon de faire. Peut-être ont-ils aussi trouvé de l’apaisement et des réponses après ces longs mois passés sur la route ?

Sans pour autant prendre mon blog pour le divan d’un psychanalyste, je peux vous dire qu’il s’est passé des choses dans ma vie. Il aura fallu du temps mais j’ai avancé sur des points-clé. J’ai répondu à des questions qui m’avaient façonné d’une façon plus ou moins tordue et j’ai réussi à prendre des décisions difficiles. Quand cette transition a-t-elle commencé ? Avec du recul je peux maintenant la dater et je crois qu’il suffit de regarder à quelle époque j’ai commencé à moins écrire sur mon blog.

Mon envie de voyage est toujours présente mais elle a profondément changé. Mon envie de blog a également changé. Je ne ressens plus ce besoin de me raconter autant qu’avant, ni de tracer en m’enfermant dans ma bulle et en m’isolant des autres. Rouler seul a toujours été difficile pour moi, mais cette solitude était libératrice. Aujourd’hui j’ai envie de construire quelque chose avec les autres, avec quelqu’un d’autre, et de ne plus être le centre de mon propre monde.

J’aime les grandes phrases, j’aime manier les mots et on me dit souvent que j’ai le sens de la formule. Il y en a une que j’affectionne tout particulièrement et qui ne s’est jamais démentie : pour être bien avec quelqu’un il faut déjà apprendre à être bien avec soi-même.

A mes yeux, voyager seul est une sorte de cours accéléré d’amour de soi. Se retrouver seul dans un lieu inconnu, parfois en bivouac dans les bois la nuit, ça demande une vraie capacité à vivre en tête-à-tête avec soi-même et à se faire confiance. Il m’aura fallu une éternité pour y arriver. Je ne sais même pas si j’en suis vraiment capable aujourd’hui. Ca reste toujours une situation inconfortable pour moi, mais je pense que le vrai voyage commence là où la zone de confort s’arrête.


crédit photo : Le Motard Bionique

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