S’il y a bien un monde qui m’est totalement inconnu c’est celui des sportives. Alors quand on m’a proposé de roder une BMW S1000RR Pack M destinée à la piste j’ai dit oui parce qu’une question me trottait dans la tête depuis un moment : peut-on vraiment rouler sur route ouverte avec des bolides de 200 cv ?

Le plan c’est de partir en “weekend rodage”. Mais dès la première seconde c’est le drame… il est où le porte bagages sur ce machin ? La S1000RR n’est pas faite pour voyager, ça commence mal l’histoire !

Je te dresse rapidement le tableau. La S1000RR c’est l’hyper sportive de BMW, et avec le pack M elle est livrée dans une version encore plus énervée et taillée pour la piste : jantes carbones, batterie lithium, boucle arrière allégée, modes de conduite pro… Même si elle n’est pas rouge, il paraît que la peinture HP te fait rouler plus vite aussi. Avec plus de 200cv pour moins de 200kg, la fiche technique te fait déjà une promesse : tu vas te mettre en orbite avec ce missile.

Juste pour le plaisir de voir l’étonnement dans les yeux de ceux qui croiseront ma route ce weekend je décide de dégainer ma tenue de motard BG qui roule en NineT (avec des grosses coques en dessous). Il manquerait plus que je me prenne au sérieux en plus de ça…

“C’est quoi ce machin??!” En chevauchant la moto je m’aperçois que je n’ai absolument aucun repère. Ca ne ressemble à rien que je connaisse ! La selle est un bout de bois, j’ai déjà mal aux poignets et la position des cales-pied contraint mon petit mètre quatre-vingt-dix à une position demi-allongée sur le réservoir aussi peu naturelle qu’inconfortable. J’ai même pas mis le contact que je laisse déjà échapper un petit “putain ça va être long…”

Je tourne la clé, le tableau de bord futuriste s’illumine et le 4 cylindres prend vie. Le silencieux d’origine délivre une mélodie ma foi pas dégueu et la moto réagit au moindre petit coup de gaz, même à bas régime ce qui est très surprenant pour un 4 pattes. Autre très grosse surprise à laquelle je ne m’attendais pas non plus : le moteur sait rester tout à fait civilisé en ville et la S1000RR serait presque facilement maniable dans la circulation. Je m’extrais du trafic et je trace dans la campagne.

Une fois lancé mon impression se confirme : la S1000RR est très facile à prendre en main et si on décide de ne pas jouer à la roulette russe avec son permis tout peut se faire sur presque n’importe quel rapport à partir de la 3ème. Mais il y a là un autre piège bien tapi dans l’ombre : c’est tellement facile et stable qu’on peut très facilement s’envoler sans s’en rendre compte. J’ai constamment les yeux rivés sur le compteur et ça nuit au plaisir. La moto réclame, elle veut qu’on lui tape dedans mais chaque coup de gaz un peu trop fougueux peut vous envoyer immédiatement en prison.

Bien évidemment j’ai été sage comme une image pour ne pas abimer le matos, mais pour roder convenablement une machine de ce type il faut quand même aller titiller gentiment tous les rapports sur toute la plage de régime. Je ne peux pas tout raconter car la brigade de la bonne morale et de la bien-pensance le réprouverait. Retenez juste ceci : la S1000RR permet de se téléporter d’un virage à l’autre, c’est une fusée Arianne déguisée en TGV.

Les jantes en carbone donnent l’impression de rouler sur un tapis volant, ils ne déconnent vraiment pas chez High Side quand ils disent que ça démultiplie la maniabilité. En revanche ce type de moto est vraiment terrifiant pour moi. J’ai beau avoir plus de 100 000km de guidon à mon actif, mon expérience en sportive se limite à ce que j’ai fait en S1000RR. S’inscrire en virage avec une sportive n’a rien de comparable avec un gros trail et son guidon d’1m de large. J’ai littéralement l’impression de redécouvrir la moto… et même si j’en tremble j’adore ça et je souris comme un gosse sous mon casque.

Alors… est-ce qu’on peut vraiment rouler sur route avec un missile pareil ? Oui et non. La S1000RR n’est pas faite pour rouler sur la route à des allures légales, ce serait même triste de la cantonner à ça. En revanche ça me semble être une machine redoutable pour aller jouer sur piste et qui permet également d’évoluer sur route avec un comportement très très typé.

Inévitablement ce genre de véhicule radical et pas destiné en priorité à la route me fait penser à mon expérience en tout-chemin. Ce qui m’avait totalement fasciné lors de mes débuts en offroad c’était justement cette redécouverte de la machine avec le chamboulement de tous mes repères et l’envie de se dépasser pour progresser dans une nouvelle discipline. C’est exactement ce qui se passe avec ce petit weekend en sportive. La S1000RR est une moto exigeante et chaque approximation se paye. Il n’y a pas de grosse roue ni de suspension bien molle pour compenser tes erreurs. Ici tout se paye immédiatement et ça te tire vers le haut : tu es obligé de soigner ta conduite et c’est comme ça que tu progresses.

La S1000RR est un Everest pour un poireau comme moi. Ce rodage en service commandé aura été un élément déclencheur pour me donner enfin l’envie d’aller découvrir le circuit pour de vrai. A suivre… ?

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