Il est même pas 8h et je suis planté là sur le bord d’une route minuscule derrière la Mercedes-Benz Arena à Berlin. J’ai droit à une espèce de crachin breton bien collant pourtant je suis loin de la Bretagne. Très loin même. Nous sommes le 4 mai 2016 et il s’agit de mon tout premier voyage en moto. Ce soir je suis supposé dormir à Gdynia en Pologne et pourtant j’ai juste envie de faire demi-tour et de rentrer chez moi.

Je viens de passer 3 jours dans la capitale allemande avec de vieux amis. Les français sont dans leur vol retour pour Bordeaux et le Berlinois d’adoption est parti bosser. Je ne dirais pas que je suis terrorisé mais je n’en mène vraiment pas large non plus. Je ne parle pas la langue, je ne connais pas la ville et pour ce premier voyage j’ai décidé de rouler sans GPS. Sortir de Berlin aux heures de pointe avec un roadbook fait à la main sur mon coin de bureau plusieurs semaines plus tôt m’apparaît alors comme une idée stupide.

En quittant l’appartement ce matin je n’ai pas vraiment pris le temps de me préparer pour la journée qui m’attend. Je rattrape cette erreur en me garant près du stade, désert à cette heure-là. Je m’installe sur la moto, je place stratégiquement quelques gâteaux à portée de main et surtout, le plus important, je choisis ma musique.

Avec ce premier roadtrip je découvre véritablement l’intérêt d’avoir un compagnon de voyage qui me chante dans les oreilles toute la journée. Aussi loin que je me souviens j’ai toujours profondément aimé écouter de la musique, j’ai commencé très jeune à en jouer moi-même. Le silence m’est insupportable.

J’ai toujours un album fétiche pour chaque voyage, qui s’impose naturellement comme bande son. J’aurais pu choisir du local mais désolé, je suis beaucoup trop fan du rock britannique pour réussir à m’en défaire. Mon album pour celui-ci est Chasing Yesterday de Noel Gallagher’s High Flying Bird, avec un petit faible pour le morceau The Girl With X-Ray Eyes.

Il n’y a rien de plus glaçant qu’un stade vide le matin sous la pluie. Je reste là un instant à écouter la musique, seul face à moi-même et à cette montagne de béton complètement vide planté en plein milieu de Berlin-est. Les murs du stade et le mur de mon voyage se dressent devant moi. Et pour compléter le tableau je suis garé juste à côté des vestiges du Mur de Berlin. Niveau ambiance on a connu plus chaleureux.

Je finis enfin par m’élancer et je quitte Berlin en longeant Mühlenstrasse et la célèbre Alexanderplatz tout en écoutant Noel Gallagher  Il m’accompagnera jusqu’à la frontière polonaise.

Cet instant précis restera gravé dans ma mémoire comme étant la première fois où je suis sorti de ma zone de confort. Ce moment où j’ai pris une grande inspiration avant de sauter dans le grand bain. Je me suis senti vraiment loin de chez moi et franchir ce cap a été des moments les plus importants dans ma jeune vie de voyageur.

Ce jour-là j’ai compris que voyager en moto demandait véritablement une plus grande implication que simplement s’asseoir quelques heures dans un avion pour traverser la moitié de la planète. C’est quelque chose qui se mérite et la récompense est à la hauteur de l’effort. Et à chaque fois que je repense à ce moment pour moi, ces vers résonnent encore et toujours dans ma tête :  Life it stretches out for miles, The truth is on your stereo.

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