« Roadtrip en Inde ». Ça y est, cette fois je me barre à l’autre bout du monde… Ce roadtrip est un enchaînement d’événements complètement dingues. 10 jours à travers le sud de l’Inde. 1900 km de Chennai à Goa en passant par le Karnataka, à travers la jungle et en slalomant entre les singes. Et pour finir en apothéose : participer au Rider Mania, le rassemblement annuel Royal Enfield !

Le plus fou c’est que ce voyage en Inde m’est littéralement tombé dessus sans que je ne demande rien. Ou presque. Tiger Roads inaugurait un nouveau parcours (de Chennai à Goa, suivez un peu !) et organisait pour l’occasion un concours pour faire gagner une place. J’ai dû participer en me disant « meh… on sait jamais » et puis ça m’est totalement sorti de la tête. Jusqu’à ce fameux soir de juillet. Thomas de Tiger Roads m’écrit et me dit « Vincent je sais pas si t’as vu mais en fait t’as gagné le concours ». Imaginez un peu ma tronche. Je viens de gagner un Roadtrip en Inde grâce à deux clics sur Facebook. Deux semaines plus tard tout est bouclé : visa, billets d’avion, passeport renouvelé et permis international demandé.

Tout s’enchaîne à une vitesse folle jusqu’à ce que le jour J arrive sans que je m’en aperçoive. Le 7 novembre Claude, mon coloc’ pour la durée du voyage, vient me récupérer à l’aube. Une faille spatio-temporelle plus tard nous atterrissons enfin à Chennai en plein Diwali (la fête des lumières). Le choc culturel est saisissant.

La première journée est consacrée à l’adaptation. Le pays, le climat, la culture, la conduite, les gens… Moi, l’agoraphobe misanthrope et baroudeur solitaire, je viens de mettre les pieds dans une fourmilière géante et je vais devoir vivre pendant 10 jours avec des gens que je ne connais pas. Et pour la première fois je vais aussi devoir participer à un voyage organisé et millimétré de A à Z. Et pas par moi. Imaginez mon niveau de stress…

Il me faudra quelques jours pour m’ouvrir complètement et me laisser aller mais la tâche est bien moins difficile que ce que je craignais. Tout le monde m’avait dit qu’un mauvais groupe pouvait flinguer un voyage… Il semblerait que je doive alors m’estimer extrêmement chanceux. Je voyage avec des gens formidables et adorables, que j’ai plaisir à découvrir. Patrick&Cathy et leurs enfants Kevin, Stephen, Gaëtan et Nolwenn, mon super coloc’ Claude, Monsieur le Maire Christian, Thomas l’organisateur et sa sœur Lisa. Sans oublier nos compagnons indiens Ritesh, Rakou, Rinkou et John.

Mon entourage m’avait aussi mis en garde sur la conduite indienne, en me promettant de frôler la mort à chaque instant et de 1000 façons différentes lors de ce roadtrip. Alors… bon ok… c’est pas faux mais. Mais. Le « mais » est important. La conduite indienne se fait à gauche et est totalement dépourvue de règle mais elle est fluide. Chacun fait attention à la place de l’autre. Quand je dis « faire attention » c’est peut-être un peu exagéré mais vous avez compris. Rares sont les manœuvres faites sans avoir conscience de la présence des autres autour de soi… Et je crois qu’on ne peut pas toujours en dire autant par chez nous. Il suffit de trouver sa place dans ce mouvement perpétuel, d’un petit coup de klaxon pour dire « coucou je suis là » et voilà. En 10 jours sur les routes indiennes je n’ai eu aucune frayeur, aucun stress, je n’ai jamais ne serait-ce que frôlé l’accident.

Les routes indiennes, je les affronte au guidon d’une Royal Enfield Bullet 500 dans son jus. Sans aucun doute la monture parfaite pour ce roadtrip en Inde. Sa robe porte les traces d’un certain vécu, d’un (presque) joli noir tacheté de quelques pointes de rouille. Elle couine, elle cliquette. Mais le confort de la selle est impérial et le mono est infatigable. J’ai beau la brutaliser, frotter les cales pieds dans tous les sens comme un connard, lui infliger une conduite « trail » dans les pistes, elle continue inexorablement à avancer encore et toujours. Je lui pardonne alors tous ses caprices. Même quand la durite de frein avant explose au petit matin en pleine descente de montagne. Même quand les soupapes font tellement de bruit que j’ai l’impression qu’elles vont tomber dans le moteur. Même quand les soudures du réservoir lâchent et que je me retrouve avec de l’essence partout sur les bottes. La Bullet 500 est attachante, elle se conduit comme un vélo et se répare avec trois bouts de ficelle. Seul bémol : avec mon mètre quatre-vingt-dix j’ai l’impression d’être sur une grosse mobylette. Mais je kiffe !

Trônant sur mon 103 SP ma Bullet 500, je participe donc à un nouveau tracé inédit au catalogue de Tiger Roads. L’itinéraire choisi n’est pas un axe touristique majeur. A vrai dire je ne sais même pas si c’est un axe touristique tout court vu qu’on n’a pratiquement croisé aucun blanc. Le Tamil Nadu et le Karnataka sont des régions assez peu fréquentées par les occidentaux. Ritesh finit même par nous avouer : « Ici, vous les blancs, vous êtes comme la pleine lune : on vous voit seulement une fois par mois. Et encore. » Lorsque je demande à Thomas pourquoi il a conçu ce voyage ainsi, il me répond en toute simplicité : « Je voulais organiser un voyage qui finit au Rider Mania, et j’aime bien la façon dont sonne Karnataka alors voilà. » Un roadtrip en Inde – donc à l’autre bout du monde – basé sur la sonorité du nom d’une région, je crois bien que c’est le genre d’idée qui pourrait aussi sortir de mon cerveau malade… J’ai beau cherché je ne vois pas de meilleure réponse possible…

Outre les noms exotiques et les lettres en forme de spaghettis renversés sur les panneaux, ce premier roadtrip hors d’Europe bouscule tous mes repères. Vous le savez, ce que j’aime en moto ce sont surtout les grands espaces. Et ce que j’aime encore plus c’est en profiter seul, comme si ce morceau de nature n’appartenait qu’à moi l’espace d’un instant. Sauf que là c’est plus du tout la même. Absolument rien ni personne n’est isolé en Inde, les Indiens sont beaucoup trop nombreux pour ça. Peu importe où nous allons il y a toujours quelqu’un et nous ne sommes jamais seuls. Jamais. Même quand tu penses pouvoir être peinard 5 minutes il y a toujours un mec (ou trois) qui sort de nulle part. Ce voyage se transforme donc en tête-à-tête avec l’Inde authentique et reculée. Celle des villages au bord des routes très très secondaires, celle qui n’est sur aucun reportage. Cette Inde-là te fixe droit dans les yeux et impossible de détourner le regard. Un léger sentiment de malaise pointe alors rapidement le bout de son nez. J’ai vite l’impression d’espionner la vie des gens, d’être un sale touriste voyeur, indiscret.

Ce sentiment persistera jusqu’au matin du 4ème jour. A l’aube, le personnel de Gorukana (B R Hills) propose de nous faire visiter leur village et d’aller observer les oiseaux dans la jungle. Nous ne sommes que deux à nous lever et c’est tant mieux car je crois que je l’aurais très mal vécu si nous avions été plus nombreux. Je ne peux pas m’effacer cette image de la tête : moi, débarquant devant un minuscule village tribal au milieu de la jungle, avec mes Adidas aux pieds et mon smartphone dans la poche. Un petit vieux vit cloîtré dans une cabane à l’entrée du village parce qu’il ne peut plus marcher depuis que le toit de son ancien abris s’est effondré et lui a écrasé les jambes. Les villageois nous racontent que deux nuits plus tôt un léopard est venu et a bouffé une de leurs chèvres. Il y a 3 poules, 2 chèvres, et une maison construite avec de la terre et des bouts de bois. Je regarde mes pieds, un peu honteux. Mais tout ce que je vois alors ce sont mes foutues Adidas.

Au retour de cette petite excursion je réalise qu’en fait le seul gêné dans l’histoire c’était moi… Les quelques personnes que nous avons croisées étaient curieuses ou totalement indifférentes. Aucune ne se cachait ou n’avait d’approche malsaine. Le seul idiot tout penaud c’était donc moi. Je réalise alors que je dois m’ouvrir aux autres et dépasser cette fausse impression de voyeurisme.  Il y a une différence et alors ? Car tout le monde s’en fout au fond.

S’ouvrir comporte aussi un autre défi. La pauvreté est omniprésente en Inde et elle te frappe au visage à chaque instant. Ce décalage de style de vie je le ressentirai évidemment tout au long de ce roadtrip mais le malaise est définitivement parti. A chacun de nos arrêts, un petit attroupement se forme autour de nous et nous avons toujours droit aux mêmes questions : d’où venez-vous, où allez-vous… Ce qui se conclut systématiquement par une demande de selfie.

L’avantage de traverser une région sans occidentaux en suivant un parcours qui n’a jamais été fait auparavant c’est que les rencontres semblent sincères, au moins en dehors des grandes villes. Personne n’attend la troupe de blancs qui jouent à se faire peur sur un roadtrip en Inde en allant au Rider Mania. Même s’ils sont brefs ces moments d’échange sont systématiques, simples et sincères. Je réussis à rentrer pleinement dans le voyage et je me découvre une curiosité totalement inattendue pour les temples hindous… Moi, le mec le moins spirituel du monde…

L’autre aspect que je redoutais aussi dans ce voyage était l’arrêt prévu dans un sanctuaire pour éléphants à Sakrebyle. On a tous vu les images de maltraitance, voire de torture, que ces animaux subissent dans le seul but d’amuser les touristes. Je n’avais surtout pas envie de participer à ça. Une fois sur place je décide malgré tout d’y aller avec l’esprit ouvert… Ma surprise n’en est que plus grande. Je découvre des éléphants en train de se faire brosser, masser, cajoler par des soigneurs. Ils n’ont aucune trace de coup, aucune cicatrice. Les éléphants ont vraiment l’air de kiffer !

Le sanctuaire pour éléphants de Sakrebyle recueille des éléphants orphelins ou trop violents, qui ont parfois tué plusieurs personnes, et qui seraient voués à la mort s’ils restaient dans la nature. Il s’agit également d’un des camps mis en avant par le gouvernement indien pour la qualité des soins apportés aux animaux.

Pouvoir approcher et toucher un éléphant est véritablement quelque chose d’unique.

Participer à un voyage de groupe encadré est une grande première pour moi, surtout à moto. Après avoir voyagé seul (ici ou ) ou avec des copains qui ont exactement la même vision que moi (comme en ex-Yougoslavie ou en Ecosse), je dois respecter la cohésion du groupe et l’organisation. Le plus difficile est de me faire à l’idée que je ne maîtriserai pas mes pauses. Est-ce que je vous ai déjà dit que je suis le genre de mec qui n’enlève même pas son casque pour les pauses pipi, histoire de perdre le moins de temps possible ? Alors imaginez un peu ma tronche quand je dois passer 2 heures à table le midi et faire des pauses café de 30 minutes.

Pourtant, contre toute attente, je finis par voir la véritable force du voyage en groupe. C’est rassurant finalement. Et puis tu n’as qu’à te concentrer sur le plaisir puisqu’il n’y a pas besoin de réfléchir à l’organisation. Il y a toujours un filet de sécurité avec le camion d’assistance, toujours quelqu’un qui parle ta langue pour que tu ne sois pas trop dépaysé.

Lors de chaque roadtrip j’ai toujours un coup de blues au bout de 3 ou 4 jours, qui correspond plus au moins au moment où je me demande ce que je suis venu faire ici. Avec le temps j’ai fini par comprendre que c’est la preuve que je suis enfin sorti de ma zone de confort. Le seul hic c’est que lors de ce roadtrip en Inde je n’aurai jamais ce petit coup de blues… Dois-je en déduire que je ne suis pas sorti de ma zone de confort ? Peut-être pas en terme de voyage pur ou de moto. C’est même certain.

En revanche ce que je retiendrai de ce voyage c’est le partage, ainsi qu’une grande victoire sur moi-même, mes peurs, mes blocages… Je reviens en France avec le sentiment d’être plus ouvert et plus attentif aux autres. Et ça, c’est pas de la merde.


Je vous l’ai dit au début de cet article, le but de ce voyage était d’aller au Rider Mania. Je vous raconterai ça prochainement dans un article spécifiquement dédié à l’événement.


Le programme du voyage :

  • Jour 1 : Chennai / Velore
  • Jour 2 : Velore / Yercaud
  • Jour 3 : Yercaud / B R Hills
  • Jour 4 : B R Hills / Mysore
  • Jour 5 : Mysore / Mudigere
  • Jour 6 : Mudigere / Javali
  • Jour 7 : Javali / Sakrebyle – sanctuaire d’éléphants
  • Jour 8 : Sakrebyle / Gokarna – via Jog Falls
  • Jour 9 : Gokarna / Anjuna (Goa)
  • Jour 10 : Rider Mania 2018

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5 thoughts on “ Roadtrip en Inde : de Chennai à Goa avec Tiger Roads ”

  1. Super ton article copain de voyage !! J’ai adoré le lire ! J’espère te recroiser sur la route avec plus d’expérience et une bécane (ça serait mieux quand même haha)

  2. Super Voyage ! Et je découvre ton blog merci pour les partages.

    Une petite question tu dis qu’il y avait une famille avec enfants ? Chaque parent une moto et les enfants en passagers ou alors un side car ?

  3. Merci pour cette histoire partagée, ce bout bout de vie, pour ce texte drôle et vivant !
    Bonne continuation
    Christophe

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