Le March Moto Madness est un rendez-vous international qui marque le début de la saison pour tous les motard amoureux de gadoue. Le MMM se déroule à la même date dans tous les pays où il est organisé. Bien décidé à tracer son propre sillon, l’organisateur Cocoricorando n’a pas hésité à surprendre en procédant à de nombreux tests pour son millésime 2019. Au risque d’être peut-être un peu trop clivant.

Si tu ne connais pas le March Moto Madness l’idée est très simple. Il s’agit de rassembler des motos dans une aire de jeux pour grands enfants et d’aller (se) rouler dans la boue pour célébrer la fin de l’hiver. Des ateliers (appelés « manèges ») sont à disposition pour te permettre d’appréhender différents aspects du offroad. Qu’il s’agisse de serpenter sur une monotrace dans un sous-bois, sauter des bosses, descendre des marches, ou s’essayer sur un petit parcours de motocross… Au passage, je t’invite à (re)lire mon article sur l’édition 2018.

Le rendez-vous est une fois plus donné au domaine de Comteville à Dreux, qui accueille le MMM français. Première innovation de l’année : l’espace tout-terrain du Circuit de l’Ouest Parisien (COP) devient une annexe du March Moto Madness, avec ses grandes bosses et ses longs virages inclinés qu’on prend de plus en plus vite à chaque passage. Il y a de quoi se prendre pour un pilote et avoir des sensations fortes à 40km/h, ce qui pour moi est tout l’intérêt de rouler en tout-terrain.

Lors du premier briefing, Cocoricorando confie aux participants que le but du COP est d’explorer de nouveaux ateliers mais surtout de se sentir moins à l’étroit dans le premier parc… Je ne serais pas surpris qu’à l’avenir le MMM migre vers un lieu encore plus grand capable d’accueillir beaucoup plus de participants.

Cocoricorando aurait très bien pu se reposer sur ses lauriers. Vendre les 150 places en une journée est un énorme succès en soi, et il y a de quoi succomber à la tentation de rester dans un lieu connu et éprouvé sans rien changer à cette formule gagnante… Mais l’édition 2019 est l’occasion de procéder à de nombreux tests qui, si on prend le temps de lire entre les lignes, pourrait être révélateur d’une évolution plus profonde.

Plus grand, plus gros, plus sophistiqué et moins « roots ». Voilà comment je pourrais résumer ma vision du March Moto Madness 2019.

Paradoxalement, le pari audacieux sur la partie organisation entre en complète contradiction avec les choix opérés sur la partie moto. Naïvement j’aurais pourtant tendance à penser que c’est le plus important sur un événement moto… La météo ensoleillée des dernières semaines a rendu le terrain très sec et facile mais malgré tout il subsiste quelques petits bourbiers qui ne demandent qu’à accueillir des gros trails beaucoup trop propres et beaucoup trop neufs.

Cocoricorando choisit de ne pas ouvrir ces sections du domaine et ferme des manèges parce que le terrain serait trop humide. Peur que les participants se blessent ou trouvent ça trop compliqué ? Avec les copains nous tentons de passer outre ces consignes et le meilleur souvenir que nous rapportons du MMM est forgé dans une zone où nous n’avions pas le droit d’aller rouler officiellement…

Ce manque d’audace me laisse un arrière-goût très désagréable. Surtout quand on regarde les photos des premières éditions où l’attraction principale était de plonger sa moto dans une piscine de boue. J’en ai moi-même fait les frais l’année dernière et ça reste un de mes meilleurs souvenirs de tout-terrain à ce jour. J’ai pu en discuter avec l’organisation quelques jours plus tard et la réponse apportée est que le terrain ne leur semblait pas praticable pour les gros trails. Quand on est chargé de la sécurité de 150 personnes je comprends qu’il faille faire certains choix difficiles. Je me permets seulement de dire que pour ma part j’ai eu un peu beaucoup les boules.

Les expérimentations s’opèrent aussi sur les « à côté ». Fini le barnum plein de courants d’air avec les grandes tables et les chaises bancales autour desquelles on se retrouve pour manger du gras et boire de la bière. Cette année nous avons droit à la salle de réception du domaine de Comteville, avec repas servi à table et groupe de musique. Encore un choix clivant qui n’emportera pas mon adhésion. L’ambiance ressemble à un gros repas de communion auquel on aurait été invité par une branche lointaine de sa famille, sauf que les repas restent toujours aussi basiques (ceci est un euphémisme). Le contraste est surprenant (ceci est un autre euphémisme).

Une contre-soirée du samedi soir s’organise autour des braseros, à l’extérieur de la salle de réception. Nous sommes quelques uns à prendre nos distances face à une soirée qui ne nous correspond manifestement pas du tout. Les visages sont fermés et les langues se délient difficilement mais un Belge finit par confesser qu’il ne sait pas ce qu’il fait là et regrette d’avoir payé si cher pour ça. Je ne peux que hocher la tête bêtement. Il est impossible pour moi de me plaindre puisque j’ai la chance d’être invité gracieusement par Cocoricorando.

Ce qui me posera le plus de problème avec cette édition 2019 du March Moto Madness est une question beaucoup plus large, qui ne se limite pas à cet événement.

La pratique du offroad devient de plus en plus populaire et les kékés qu’on ne croisait que sur la route arrivent aujourd’hui dans les chemins. Ce ne sont pas les plus nombreux mais ce sont ceux qu’on voit le plus. Ça se mesure le piston et ça forme un cercle pour s’astiquer la bielle sans chercher à progresser ni à se former à la pratique du tout-terrain gentillet du MMM, que certains osent appeler « enduro ». Ce sont souvent ceux qui roulent à fond et comme des brèles dans les chemins ou dans les villages, et à cause de qui la pratique de la moto devient de moins en moins libre.

Ce problème des mentalités atteint son paroxysme en raison de l’absence totale de solidarité. Ceux qui chutent doivent souvent se débrouiller seuls, sauf s’ils sont dans le passage et gênent la progression des autres. Et pour ma part, lorsque je tombe en panne (deux fois) durant le weekend et que je déballe les outils absolument personne ne m’adresse la parole ni ne m’accorde un regard. Pardonnez-moi si vous avez l’impression que je suis un extra-terrestre, mais j’ai toujours eu l’habitude de m’arrêter à hauteur d’un motard en galère pour lui proposer un coup de main. Surtout en offroad.

Le seul motard qui vient me parler quand je bricole vient en réalité uniquement pour me demander où est la buvette, et se barre sans merci ni merde. Je n’ai besoin de personne pour bidouiller ma vieille trapanelle, mais je suis certain que ceux qui me sont passés à côté sont les mêmes qui s’auto-congratulent pour leur esprit motard en fin de journée lorsqu’ils remettent une dixième épaisseur de scotch US sur leurs crash-bars rutilantes.

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5 commentaires sur “ March Moto Madness 2019 ”

  1. Hello, pour ma part j’ai pas vécu ça, j’ai reçu de l’aide de plusieurs personnes sans n’avoir rien à demander et pour le coup lors de ma première participation au Paris Dunkerque j’étais très content de trouver un endroit où « ceux qui mettent du scotch sur leurs crashbar rutilants » sont les bienvenus, même avec leur naïveté de la pratique. j’ai pu participer à d’autre événements ou pour le coup ceux qui n’avaient pas 10 ans d’enduro dans les pattes passaient un sal quart d’heure, ce n’est pas le cas ici. Je déplore comme toi les mecs qui roulent à Mach 12 dans les villages, mais franchement j’ai vu bien pire que sur les éventuels de cocorico et c’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à en faire plusieurs. Le format est peut être moins roots, mais pour le coup il est accessible à tous ceux qui rêvent d’aventure et ont besoin de commencer en confiance, ça a la vertue de proposer à beaucoup d’entre une première étape vers des choses plus ambitieuses.
    ++
    C.

  2. Ça transparaît peu dans l’ article, drôle et partial. Résumer tous les participants du MMM19 en maxi trails rutilants de « kékés » est très orienté (mais on tuerait pour faire un bon mot, n’est-ce pas?). « L’indépendance » du journaliste ne consiste-y-elle pas à transmettre /évaluer / tester un service / produit / Evènement / organisation de façon plus « objective » et surtout pour ce qu’il est vraiment ? L’article, au demeurant bien écrit, manque de nuances. Qui dit qu’il n’y a pas 150 motards très heureux de leur W-E? CCRD n’est effectivement pas une association-loi 1901, c est un voyagiste professionnel qui offre de rouler sur des chemins autorisés et reste très responsable de la sécurité (ce n’est donc pas exactement le même esprit qu’une « TT Pirate » à 15 potes) et ils sont peu nombreux les pros qui vivent dans le secteur du voyage moto (il serait plus judicieux de les soutenir). Je connais certains « kékés » sur GS1200 qui NOUS mettraient la pâtée à tous même si on roulait en XR400 en offroad … et quand bien même ce que tu appelles des « vrais kékés » resteraient-ils tjs des manchots pitoyables en offroad, ils apprendront bien quelques trucs qui pourrait leur sauver la vie sur la route un jour, voire être séduit par ton vrai esprit motard contagieux, va savoir…

    1. Ton commentaire aussi est partial et extrapole des choses que je n’ai pas dites. Et je vais te rassurer tout de suite : je ne suis pas journaliste et je ne le serai jamais. J’ai rien contre les journalistes. Je n’en suis pas un, c’est tout ce que je dis.
      Ma liberté de ton est assumée et je sais qu’elle ne fait pas que des heureux. Tant pis. Je n’écris pas pour me rassurer ou avoir l’approbation de tout le monde. Et on ne pourra jamais me reprocher d’être faux-cul.

  3. Le commentaire précèdent répondait à ce post FB du Motarologue :
    « Je persiste à dire que ça reste une bonne idée pour une première expérience ».

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