L’Ecosse : le N’importe Quoi Tour

-”J’irais bien en Ecosse en mai, ça te dit?” -”Ouais !”. Deux SMS et la réservation d’un aller-retour avec le Shuttle. Voilà à quoi se résume l’organisation de notre voyage en Ecosse avec Adrian, le Motard Bionique.

Sur le papier ça part plutôt mal. Il faut dire que nous jouissons tous les deux d’une solide réputation de “chats noirs”. Moi parce que je casse assez régulièrement ma moto, Adrian parce qu’il sème ses téléphones comme le Petit Poucet et parce qu’il aime visiter le fond des ravins et des rivières… La dream team des baroudeurs quoi. Nous annonçons donc sobrement la couleur à nos lecteurs en baptisant ce voyage le “N’importe Quoi Tour” ! Le tout avec un montage de qualitay.

Aucun plan, aucune réservation. On part et on verra bien ce qui nous arrive ! Un roadbook ? Pourquoi faire ?! Ça fait bien longtemps maintenant que je me contente de suivre le vent et je sais qu’Adrian aussi. J’emmène une tenue étanche, deux slips propres et ma tente pour seuls bagages. Et gaz !

Ca faisait quelques temps qu’Adrian et moi parlions de partir ensemble mais sans jamais faire de projet concret. J’ai toujours eu l’impression de marcher dans ses traces avec 2 ou 3 ans de retard alors difficile pour moi d’envisager ça sérieusement. Quand il posait ses roues sur ses premières destinations lointaines (Islande, Îles Féroées, Maroc…) j’en étais encore à me chercher et à tester mes propres limites sur des terres moins exotiques comme la Corse, l’ex-Yougoslavie et l’Europe de l’Est. En lui proposant l’Ecosse j’ai même cru qu’il me prendrait pour un petit rigolo.

Et puis partir à deux c’est pas aussi simple que ça en a l’air. Bien s’entendre avec un pote c’est une chose, mais vivre 24h/24 avec lui pendant deux semaines c’est une autre histoire. La vie, cette connasse, a enlevé l’audition à Adrian au début de sa vie d’adulte. Alors niveau “entente” c’était pas gagné d’avance… Il est maintenant équipé d’implants cochléaires (d’où le surnom de Motard Bionique) tellement efficaces que j’oublie très très souvent qu’il est sourd en réalité, mais quand même… Lors de nos réunions de préparation (comprendre “apéros pré-départ”) notre côté philosophe s’est exprimé et a décrété que la vie a toujours de bons côtés malgré tout. Adrian pourra me mettre en sourdine si je le saoule, et moi je pourrai ronfler en paix dans la tente d’à-côté tout en regagnant des points de karma parce que je promène un petit handicapé.

Le seul vrai obstacle est de savoir comment je pourrai communiquer avec Adrian quand il aura enfilé son casque sur son crâne chauve et qu’il ne portera donc pas ses “oreilles” bioniques. Je balaye finalement cette question d’un revers de la main en fixant un tableau véléda avec du velcro sur ma sacoche de réservoir. Le MacGyver qui sommeille en moi a parlé, problème réglé.

 

Le voyage commence donc sobrement par un petit Paris – Édimbourg avalé d’une traite. Les 1150 km de voie rapide passent tous seuls grâce à une dizaine de cafés bien dégueu, et surtout aux radios locales qui sont toutes branchées sur le “royal wedding” ! Adrian, privé de mariage, tue le temps en composant quelques œuvres originales de beat-box inspirées des panneaux de signalisation et en imitant le cri des moutons…

Si la route se passe bien c’est peut-être parce que le confort de nos motos et nos Culs Sauvages y sont sans doute aussi pour quelque chose. J’ai le bon goût de voyager sur une sublime Suzuki V-Strom 1000 de 2003 bleu nuit alors qu’Adrian se contente d’une banale Africa Twin nouvelle génération, full black avec un pot Remus de kéké. Cet homme n’a jamais eu aucun goût de toute façon. Et puis quel est l’intérêt de se payer un pot de connard si on ne peut pas l’entendre ??? Par pure charité je proposerai plusieurs fois à Adrian qu’on échange nos motos histoire de pas gâcher la marchandise. Malheureusement aucune de mes tentatives ne se verra couronnée de succès.

C’est la première fois qu’Adrian et moi allons rouler outre-Manche. Même si je n’étais pas stressé pour le voyage, je dois avouer que conduire à gauche est LE truc qui me faisait flipper… J’ai imaginé 50 façons différentes de mourir stupidement à cause de ça. Le premier rond point, le premier stop, les premiers mètres le matin… Alors évidemment, si comme nous vous décidez de vous jeter directement dans le grand bain de la banlieue londonienne ça peut être un peu brutal ! Mais au final vu qu’on traverse quand même les trois quarts de l’île de Bretagne dans la journée, nous sommes complètement rodés lorsque nous arrivons enfin à Édimbourg.

Après une journée off bien méritée dans la capitale écossaise, que l’on pourrait résumer à deux choses – user nos semelles et pester contre les resto qui ferment à 19h, nous décidons de respecter les traditions en prenant d’assaut un pub pour descendre quelques diabolo-menthe. Je sors la carte sur notre coin de table. C’est bien beau de partir sans rien préparer mais… où allons-nous ? La sentence est immédiate. Un grand tour d’Ecosse est décrété et, évidemment, les choses se feront à notre rythme habituel. C’est à dire que le voyage sera un marathon avalé à la vitesse d’un sprint !

Même si nous roulons 10 à 12 heures par jour nous n’avons jamais l’impression de nous presser. A vrai dire nous ne voyons même pas le temps passer puisque les journées sont particulièrement longues en Ecosse à la fin du mois de mai. C’est simple, le soleil ne se couche déjà plus vraiment. Il se cache juste derrière l’horizon et remonte aussi sec sans jamais laisser place à la nuit noire. Être réveillé à 3 heures du mat’ par le soleil c’est tout un concept auquel je ne m’étais pas du tout préparé. Et dire que j’étais tout content d’avoir (pour une fois) pensé à mettre des piles neuves dans ma lampe frontale… J’avais annoncé ça fièrement à ma copine en plus. Donc même quand je veux faire semblant de me préparer je réussis à passer pour un idiot !

Pour nos premiers tours de roues en Ecosse je décide d’emmener Adrian dans la région de Stirling et du Loch Lomond. Les routes ondulent crescendo et les premiers paysages de malade font leur apparition. Premiers loch, premiers châteaux. Bienvenue en Ecosse les filles !

Notre chemin prend ensuite naturellement la direction de la péninsule de Kintyre, le bras de terre le plus austral de toute l’Ecosse. C’est l’occasion de faire connaissance avec les paysages typiques du littoral écossais et de se fourrer dans le crâne un concept important. Il faut parfois compter plusieurs heures et rincer un réservoir complet pour rejoindre l’autre rive, qui se trouve pourtant à 5 petits kilomètres à vol d’oiseau…

Pour nous montrer qu’elle est ravie de nous voir, l’Ecosse nous offre une bonne averse à la fin du premier jour. De la bonne grosse pluie qu’on ne trouve qu’ici. La seule et l’unique, qui finit toujours par trouver la faille dans tes super gants étanches qui t’ont pourtant coûté un bras. L’arrivée à Oban est une vraie libération, j’ai presque envie d’embrasser le sèche-main de la station service.

Après ce bizutage, la pluie nous laissera finalement tranquilles jusqu’à la fin du voyage et laisse place à un grand soleil que nous n’aurons jamais pensé trouvé ici. Ça en devient presque problématique d’ailleurs… Difficile de te la jouer gros baroudeur quand tu reviens à la maison avec des coups de soleil sur la tronche et des photos remplies de ciel bleu !

Le reste du voyage défile à la vitesse de la lumière. Glen Coe, l’île de Mull, les plages de sables blanc de Mallaig, l’île de Skye, toute la côte ouest par Applecross et la fabuleuse route Bealach Na Bà. Et le nord. Le nord avec ses falaises et ses criques à perte de vue… 3000km de routes écossaises défilent sous nos pneus en un claquement de doigt.

La conduite en Ecosse est détendue. On prend le temps de se laisser passer, on se fait un petit signe de la main à chaque “‘passing place”. Les routes écossaises sont le ticket de métro du ruban d’asphalte. Taillées pour accueillir une seule personne à la fois, mais rien n’y interdit de s’y aventurer à deux de front si on veut jouer à se faire peur… Se dire bonjour apparaît alors comme une politesse élémentaire et toute naturelle.

Rouler toute la journée et bivouaquer au milieu de nulle part nous coupe un peu du reste du monde. Plus rien n’existe vraiment en dehors de notre bulle. Cette parenthèse, ce bouton pause, je n’aurais jamais pensé le trouver ici. En tout cas pas à ce point-là.

Toutes ces routes qui nous baladent au milieu de paysages surréalistes sont le meilleur remède possible contre le carcan du train-train quotidien. Je range ma montre, je cache mon portable et je débranche. Au bout d’un moment je ne sais même plus quel jour nous sommes. Le temps défile au rythme des bivouacs de connard qui s’enchaînent. Planter sa tente sur une plage ? Dormir à flanc de falaise avec une vue imprenable sur Old Man of Storr ? Dans une crique de Farr Bay à l’extrême nord de l’Ecosse ? Pas de problème ! Tous les soirs c’est hôtel 1000 étoiles avec vue pour pas un rond.

Le camping sauvage est autorisé en Ecosse à de très rares exceptions et ce ne sont pas les endroits qui manquent. Chaque jour nous roulons jusqu’à trouver le spot parfait ou je m’aide de l’excellente appli “Park4Night” et le tour est joué. Il suffit d’observer quelques règles de bon sens comme ramasser ses déchets etc… Nous avons vu plusieurs restes de feux de camp mais nous avons préféré ne pas en allumer pour laisser le moins de trace possible de notre passage.

Nous nous immergeons complètement en Ecosse et notre voyage est ponctué par des rencontres inattendues grâce à une blague que nous préparons depuis plusieurs semaines… Porter le kilt sur la moto ! Cette blague était uniquement destinée à nous faire rire et c’était déjà bien… Mais le résultat dépasse toutes nos attentes ! Nous sommes pointés du doigt par les gosses, un groupe de randonneuses nous demande même de les prendre en stop et plusieurs cars de touristes nous sautent dessus pour nous mitrailler de photos !

Pour être parfaitement honnête je dois avouer que j’appréhendais un peu la réaction des Écossais vis-à-vis de nos kilts. Encore une belle erreur… Tous les Écossais qui viennent nous parler sont morts de rire. Ceux qui n’osent pas trop nous approcher nous offrent malgré tout leur plus grand sourire et nous volent une photo dès que nous avons le dos tourné.

Un patron de station service nous baptise “The Kilted Bikers”. Ce nom restera gravé à jamais. Porter ces kilts à deux balles a véritablement transformé le voyage. Alors que tout ce qu’on voulait c’était faire les cons en jupe…

Ces rencontres et cette ambiance si particulière que je trouve en Ecosse finissent par me toucher en plein cœur. Je réalise que je me sens véritablement loin de chez moi. Rien à voir avec le mal du pays. Au contraire, c’est libérateur.

J’avais toujours eu des envies de bout du monde en moto mais j’ai toujours regardé vers l’Est. La route de la Soie par la Mongolie, la route des Os au fin fond de la Sibérie… Tout ce temps passé à regarder si loin alors qu’ici nous sommes pris en embuscade par une Ecosse que nous ne soupçonnions absolument pas. Cette Ecosse nous fracture la rétine à chaque virage et nous avons l’impression de changer de planète tous les 5 kilomètres…

L’Ecosse réussit l’exploit d’être à la fois véritablement sauvage et préservée sans être isolée du reste du monde. Si je devais vous vendre l’Ecosse en une phrase je dirais que c’est de l’aventure authentique mais sans danger. Si on exclut les “midges” !

Sans hésiter une seule seconde, l’Ecosse est de très loin le plus beau voyage que j’ai fait. Un véritable bout du monde, à seulement un jour de route de Paris…

Cap Wrath

Le voyage en quelques chiffres :

  • 9 jours et 3000km en Ecosse (+ 1150 Paris/Edimbourg + 2300km de n’importe quoi au Royaume-Uni)
  • Essence : environ 600€
  • 1 aller-retour en Shuttle : 120€
  • 2 nuits d’hôtel à Edimbourg au départ, 1 b&b à Oban trouvé en urgence lors du déluge. Environ 80€ / nuit
  • 1 camping pour s’offrir le luxe d’une douche à mi-parcours, 16€/nuit
  • 5 nuits de bivouac : 0€
  • Repas de bivouac : 2€ par jour et par personne
  • Budget café/redbull : indécent
  • Budget bière : encore pire

Crédits photos : Adrian le Motard Bionique, Vincent le Motarologue

Les étapes :

  1. Edimbourg – péninsule de Kintyre – Oban
  2. Oban – Glen Coe – Fort Williams –  Ile de Mull
  3. Ile de Mull – Mallaig – Fort Williams – Ile de Skye
  4. Ile de Skye
  5. Ile de Skye – Applecross – Gairloch
  6. Gairloch – Ullapool – Lairg – Farr Bay
  7. Farr Bay – Dunnet Head – Inverness – Findhorn
  8. Findhorn – Loch Ness – Fort Williams – Glen Coe – Glasgow

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2 thoughts on “L’Ecosse : le N’importe Quoi Tour

  1. Voilà un compte rendu qui était attendu !! Une drôle d’équipe de choc… dans les « Hautes Terres » (en français dans le texte). Il y a comme un gout récurant de « reviens-y »… Super parcours !!

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