Je voudrais te confier un petit secret en te parlant de mon amour de vacances : une Triumph Bonneville America 800 de 2002, affichant la puissance hallucinante de 62ch. Elle appartient à joli-papa, mais puisqu’il bosse énormément il n’a pas le temps de lui faire prendre l’air autant qu’il le voudrait. Donc je m’y colle dès que j’ai l’occasion.
Cette moto n’a rien d’une grande : c’est un petit custom bicylindre à la direction pataude, avec tout ce qu’il faut pour la crise de la cinquantaine de mon beau-père qui reprend la moto après 25 ans d’arrêt : les sacoches en cuir à franges, le gros pare-brise (pour les moustiques) avec les projo additionnels (pour brûler la rétine des moustiques avant l’impact), et la sissy-bar pour que ma mère ne râle pas trop.

Bref, a priori elle n’a rien pour séduire mes 26 piges, mais il se passe un truc indescriptible quand je suis sur cette moto.

20150619_182538Lors de mes tous premiers tours de roue dans l’allée du Château (dans le bordelais, n’importe quelle maison où tu cultives la vigne te permet de te la jouer châtelain!), impossible de trouver les cales-pied du premier coup. Quand je les ai finalement trouvés, je me sentais comme ces mecs qui font du vélo en position allongée! Une fois arrivé sur une vraie route, la position s’est avérée être très naturelle et je l’ai adoptée immédiatement. Mon côté adulescent a pris le dessus dès que je suis arrivé sur la voie rapide : je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir comme Shwarzy dans Terminator 2. Mais sans les muscles, et surtout sans la winchester. Paraît que c’est interdit.

Campagne oblige (et instint de motard en vacances aussi) je concentre autant que possible mes trajets sur les petites routes de l’Entre-Deux-Mers. Ca me rappelle l’époque où je faisais sur le con sur mon 2 temps, allongé sur le réservoir pour atteindre glorieusement les 110km/h. La première fois que je suis parti sur l’America, je n’ai pas pu m’empêcher d’ouvrir la boite à souvenirs : sur ma ligne droite préférée, sourire jusqu’aux oreilles comme un gosse, je me suis caché sous la bulle et j’ai mis la poignée en coin. L’espace d’une minute, j’ai perdu 10 ans (soit 2 cinquièmes de ma vie, donc c’est énorme!).

Tout ça pour en venir à ce qui m’a donné envie de te parler de cette moto : lors des dernières vacances, je pense que j’ai vécu un moment de moto marquant, avec une petite ballade imprévue et totalement improvisée de virage en virage. Le genre de ballade qui te fait redécouvrir le coin où t’as grandi, et qui te donne envie de prendre à gauche et pas tout droit. Simplement pour retarder de cinq minutes le retour à la maison.

20150625_210631_HDRC’était un mercredi soir banal : j’étais seul, parce que mes parents étaient de sortie, et que ma copine m’avait lâchement abandonné pour remplir ses devoirs de demoiselle d’honneur à J-3 d’un mariage. J’avais prévu d’aller voir un pote. 20H, j’enfourche la Triumph, et je prends la route. Peu avant que j’arrive à destination, je me rends compte qu’il m’a envoyé un sms pour annuler la soirée. Donc demi-tour.

Sur le trajet retour, j’aurais pu aller tout droit dans le rond point, et rentrer chez moi par une route rapide et monotone. Mais un panneau a surgi sournoisement : à gauche, « Saint Emilion 3km ». C’est la route sur laquelle j’ai appris à conduire une voiture, donc je décide de la prendre en souvenir du bon vieux temps.

Trois kilomètres plus loin, je décide d’aller faire un petit tour dans le centre, mais comme la rue principale est en sens unique, je tourne en rond et je me retrouve rapidement à mon point de départ. Puis un nouveau panneau a pointé le bout de sa flèche, indiquant un petit village où je me suis façonné des souvenirs qui ont encore des relents d’alcool… Et c’est comme ça que, très rapidement, je me suis retrouvé dans à faire une balade qui ressemblait davantage à un pèlerinage. J’ai dû rouler 2h, j’ai fait un peu de plus de 100km à une allure tranquille, et en faisant des pauses pour admirer le paysage. J’ai roulé au milieu des vignes des châteaux prestigieux de Saint Emilion et de Pomerol, j’ai longé la Dordogne, je suis repassé devant mon vieux collège de campagne. J’ai même emprunté une route qui m’a rappelé un souvenir totalement oublié : une balade à moto à 3h du matin avec des copains de lycée, durant une soirée incroyablement sobre (sans ironie), qui nous a emmenés jusqu’aux bords d’un lac où j’ai pu observer la voie lactée pour la première fois de ma vie.

En rentrant, j’avais presque envie d’appeler mon pote pour le remercier d’avoir annulé au dernier moment!


Article publié dans le Journal des Motards n°97 janvier/février 2016

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