Je viens de découvrir complètement par surprise qu’il y a quelques années j’ai emprunté une route jugée mythique. Je n’en avais absolument aucune idée. Je m’étais bien dit que cet enchaînement de virolo était vraiment très très sympa mais si on m’avait dit où je me trouvais je me serais peut-être essuyé les pneus avant d’entrer. 

Peu importe de quelle route il s’agissait ce n’est pas la question mais ça m’a fait réfléchir. Qu’est-ce qui fera qu’une route restera anonyme ou accédera au panthéon du bitume ? Pour faire simple  je pense qu’on peut tout regrouper dans deux grandes catégories : celles qui le sont parce qu’on vous l’a dit et celles qui le deviennent pour ce que vous y avez fait.

Maintenant que je commence à partager ce que j’ai fait avec un peu plus détails je me rends compte de l’intérêt qu’il peut y avoir à se pencher davantage sur les préparatifs. Je trouve de plus en plus de plaisir dans le partage de conseils et je ne suis pas le seul. Il suffit de regarder le nombre de discussions qui fleurissent sur les groupes facebook à ce sujet. Prendre une carte ne suffit pas parce que le tracé ne retranscrit jamais aucune sensation.

J’ai constaté plusieurs fois après un voyage que j’étais passé à quelques kilomètres d’une route mythique dont les photos me faisaient baver d’envie sans en avoir la moindre idée. Avant je me disais “tant pis j’y retournerai” mais je change de point de vue petit à petit. Ca fait 10 ans que je parle d’apprendre une 3e langue. Ca n’arrive jamais et les années passent et c’est pareil pour la moto. Faut-il opter pour la spontanéité et la découverte en dilettante lors d’un voyage, ou au contraire tout prévoir à outrance ? Je m’engage sur la route du juste milieu. 

Après avoir passé plusieurs années à prôner la non-préparation je suis terrifié à l’idée de faire machine arrière. Ce qui me fait peur dans la préparation à outrance d’un voyage pour dénicher LA route ultime c’est de tomber dans le piège de faire quelque chose parce que tout le monde le fait.  Il s’agit de ces fameuses routes qui sont mythiques parce que vous l’a dit. La première qui me vient à l’idée est le Stelvio. Le tracé ne me fait pas rêver, la densité du trafic m’effraie, la foule qui s’amasse à haut m’angoisse. Pourtant tout le monde y va et j’ai l’impression que si tu n’y es pas allé avant tes 50 ans tu as raté ta vie de motard. 

L’année prochaine je risque très certainement d’aller racler mes cales-pied dans ce coin-là. Je me dis qu’il ne faut pas mourir idiot mais ce n’est pas l’enthousiasme qui m’étouffe à l’idée de grimper le Stelvio. D’un autre côté j’avais la même appréhension pour une autre destination extrêmement populaire, les Bardenas, et j’ai adoré. Je n’en attendais rien de spécial et j’ai laissé la place à la surprise, c’est sans doute ça la bonne façon de faire.

Si je vous demandais quelles sont les routes mythiques selon vous je suis certain que vous seriez nombreux à me donner les mêmes réponses. Il y aurait d’abord de grandes routes “à sensation” avec obligatoirement les grands cols, pour la plupart rendus célèbres par le Tour de France (si on ne parle que de la France), et où on pose devant les panneaux du sommet comme s’il s’agissait d’un exploit de les monter autrement qu’en pédalant sur un vélo. Il y aurait ensuite les routes qui dégagent surtout une ambiance, comme la Route Napoléon, ou qui offrent des paysages de malade, comme les route des Crêtes dans les Ballons des Vosges. Oui, je reste sur le registre “cocorico” volontairement. Je ne parlerai pas des destinations lointaines comme la Route 40, le Pamir ou autres. J’en profite pour passer un message à ceux qui les ont faites : je vous jalouse et vous déteste affectueusement.

Mais moi ce qui m’intéresse avant tout ce sont toutes les routes anonymes qui n’ont rien de spécial. Qu’il s’agisse de la route derrière chez maman où on a fait nos premières armes, celles que l’on a découvert complètement par hasard le jour où on a enfin levé le nez de son GPS, ou celles qu’on a partagé avec des potes pendant que le reste du monde n’existait plus et pouvait bien aller se faire voir.

Pour ma part je tente de maintenir une petite tradition qui me tient à cœur qui est d’aller rouler au moins une fois par an sur la Route des Grandes Alpes. Pas besoin de la faire en entier, même un petit bout me suffit. C’est pas la meilleure route du monde et je ne vous demande pas de me conseiller de faire ceci ou cela à la place. Cette route me plait énormément et c’est comme ça.

Mais si vous voulez vraiment que je vous dise quelle est MA route mythique, c’est celle sur laquelle je me prenais pour un pilote quand j’avais 14 ans. Il s’agit d’une route complètement nulle perdue au milieu de la Gironde, dans la seule enclave du département où il y a des virages. Je ne pourrais pas décemment vous dire ce que j’y faisais mais le jour où je me suis fait gauler j’ai vécu l’engueulade de ma vie. Désolé maman mais peu importe les années et même si je l’ai prise 3000 fois, j’y repasse toujours avec la même insouciance et toujours autant comme un connard.

Si tu aimes, partage !

4 thoughts on “ C’est quoi une route mythique ? ”

  1. Ce que tu dis ne prête pas forcément à débat, c’est limpide. Je sais pas si j’ai beaucoup d ‘eau au moulin à apporter. Mais je vais essayer.

    Cet été road trip de trois mois préparé longtemps à l’avance avec 150 points d’intérêts. Dont pas mal de truc de touristes et de trucs mythiques. Quand je dis “préparer”, c’est regarder une ou deux photos, repérer le lieu, et le mettre sur un calendrier. Je compte jamais le nombre de virage (sauf une fois, j’ai pas pu l’éviter, la route était vendue comme “318 virages en 17 km”).

    Entre ces routes mythiques, j’ai navigué à vue sur d’autres routes anonymes qui sont devenues mythiques à mes yeux, celles dont tu dis “qu’elle le deviennent parce que ça dépend de ce que vous y avez fait”.

    Dans les deux cas la beauté est dans l’œil de celui qui la voit, point. Et pour moi ça dépend beaucoup de mon état de forme physique et mentale ce jour là. De bonne humeur = je trouve tout beau. De mauvaise humeur = je sais même pas pourquoi je roule et j’ai pas envie d’être là, qu’ils ‘agisse du Stelvio ou de la route 40 ou quoi que ce soit.

    C’est l’instant présent qui fait tout.

    Et donc comme j’ai pas grand chose d’intéressant à dire, préparer ou pas préparer ses routes est un faux problème. On prépare toujours un minimum. On se met une contrainte, un cadre. Et c’est de cette contrainte que naît la liberté. De s’émerveiller ou de s’emmerder. Quelle que soit la route.

    J’ai aussi une route de derrière les fagots, absolument pas bandante, mais c’est celle où j’ai appris à conduire les 6 premiers mois après mon permis, et où je passe toujours régulièrement.

  2. Mythique vient du moyen français, lui-même du latin mythicus: relatif à la fable », fabuleux.
    Définir mythique c’est dire: qui appartient au mythe, qui est fondé sur un mythe, qui révèle un mythe. Qui est du domaine de la fable. Qui n’a pas de réalité. Par extension mythique en est venu a dire :très célèbre, légendaire, digne d’être célébré comme exceptionnel, qui mérite d’entrer dans les annales. Qui fait rêver ou désirer de le rencontrer, de l’obtenir.

    Ainsi la route de la soie, le Transsibérien, l’Orient Express, la nationale 66 ou la nationale 7 sont considérés comme des routes mythiques. Elles en appellent à la l’imagination, aux rêves, aux souvenirs vécus ou racontés. Ces routes évoquent des histoires vraies ou fausses, la route de Samarkand n’est que le titre d’un livre, et pourtant nous voudrions tous l’emprunter.

    Le 26 avril 1909 Léon Auscher,vice-président du Touring club de France — écrit son rapport consacré au projet de la Route des Alpes qui doit relier Evian à Nice en empruntant les cols les plus pittoresques et en passant par les vallées les plus intéressantes. Ce sera, conclut-il, « une route unique en Europe et, on peut dire sans crainte d’être taxé d’exagération, la plus belle route de montagne du monde6. » Il s’agit là, en 1909, de l’acte de naissance d’un mythe, la route Alpes, devenue depuis la route des grandes Alpes.

    Les routes deviennent légendaires et non mythiques, lorsque j’ai emprunté la route qui me conduirait à Los Angeles depuis Chigago, en 1985, je ne prenais qu’une nationale américaine comme les autres, de même la nationale 7 n’était que la route des vacances, avec ses bouchons interminables, depuis c’est routes n’existent plus, elles sont devenues légendaires.

    Des routes légendaires, il y en a, il y a en beaucoup, l’autoroute au-dessus des eaux, US 1 de Key Largo à Key West, la route 40 dite la route la plus australe celle qui traverse l’Argentine pour conduire à Ushuaïa, la route du Khardung la plus haute route du monde en Inde, les routes légendaires.

    Faut-il faire le tour du monde, allez si loin. Pas forcément, en Europe, en France il y a de routes légendaires. Les routes du tour par exemple, les courses cyclistes nous offrent de nombreuses voies à emprunter, les cols de montagnes, les pavés du nord. Longer le littoral, les fleuves, fait découvrir des routes étonnantes.

    Les routes mythiques deviennent légendaires une fois parcourues.

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