Il y a souvent un moment où je me sens trop à l’aise en moto. C’est cyclique, comme un trop-plein de confiance qui s’en va et qui revient. C’est un espèce de mélange d’émotions comme l’illusion de la maîtrise, l’euphorie et l’arrogance et le résultat n’est jamais bon. Avec les années j’ai identifié ça comme le signe que j’allais bientôt me vautrer si je ne me reprenais pas en main.

Ce trop-plein de confiance prend plusieurs formes chez moi. La vitesse de croisière qui augmente, la rapidité avec laquelle j’évolue en interfile, le fait d’être en pilote-automatique perdu dans mes pensées la plupart du temps et de ne même plus avoir le rythme cardiaque qui s’envole quand je manque de me faire faucher sur le périph’…

Ces deux dernières années j’étais redevenu beaucoup plus prudent en moto mais c’était la conséquence directe du fait que je ne roulais plus au quotidien. Tu roules moins = t’as moins confiance = tu fais plus gaffe. Après mon accident de décembre 2016 j’avais pris la décision de ne plus aller risquer ma vie comme un con sur le périph’ et de m’asseoir gentiment dans le métro. Ça m’a permis de lire des livres que je voulais lire depuis des années, même si je perdais énormément de temps tous les jours. J’ai économisé la moto, les pneus et mon espérance de vie.

Seulement voilà, depuis septembre dernier je dois reprendre la moto tous les jours pour aller bosser. J’avale des kilomètres de bitume chiants et des kilo de particules fines tout en risquant ma vie plusieurs fois par semaine. Sans exagérer. Les premières semaines je ne faisais pas le malin en revenant sur un terrain aussi dangereux mais désormais je m’aperçois que je franchis cette fameuse limite de l’excès de confiance.

Je recommence à zigzaguer un peu trop rapidement entre les voitures et les files interminables du trafic congestionné. Je ne compte même plus le nombre de fois où j’ai évité des conducteurs trop pressés de gagner 3 mètres en changeant de file sans jeter un œil dans le rétro, ni ceux qui traversent 3 files d’un coup parce qu’ils ont failli rater leur sortie. Le pire dans tout ça c’est que je ne fais vraiment plus gaffe… A tel point que la semaine dernière je me suis souvenu que j’avais failli crever deux jours plus tôt. Cette immersion dans mon cerveau devient compliquée à suivre je sais, mais accrochez-vous. Ça m’était totalement sorti de la tête et y repenser ne m’a provoqué aucune réaction, hormis la surprise de n’en avoir aucune.

Je pourrais faire un historique complet de toute les fois où je me suis senti trop en confiance et où je me suis vautré. La première fois j’avais 15 ans et une bonne grosse dose de connerie proportionnelle à ma jeunesse. Je faisais le malin sur ma 50cm3 et je me croyais invincible.  Je me souviens encore distinctement du moment où je me suis dit « rien ne pourra m’arriver ». Quelques jours plus tard j’avais un accident qui me laissera des séquelles à vie.

Quand j’avais acheté mon Fazer, j’étais tout content d’avoir repris la moto et je me sentais super bien au guidon. Je roulais en forêt de Fontainebleau et j’ai pris un virage trop vite. Je suis sorti de la route et par miracle j’ai réussi à ne pas tomber mais il s’en est fallu de peu. Je n’ai jamais eu aussi peur en moto.

Lors du dernier March Moto Madness je m’éclatais comme un gosse et je sautais partout. J’étais à fond et je me sentais trop bien. Je suis parti sur un des ateliers tout seul comme une balle et je me suis vautré comme un gros débile dans un virage pris beaucoup trop vite pour mon niveau de gros poireau. Après ça j’ai passé trois jours chez moi avec le dos bloqué…

La liste pourrait être très longue parce que vous savez que je me vautre très souvent. Même si je ne risque pas de devenir moins con, j’essaie désormais de tirer quelque chose de cette petite expérience de cascadeur du dimanche et de reconnaître les signes précurseurs d’une grosse vautre.

Aujourd’hui je flippe quand je ne flippe plus. Je perds confiance en moi quand je me sens trop à l’aise. Je sens mon instinct de survie agiter tous les drapeaux et allumer tous les voyants alors que le connard au fond de moi se dit « ça paaaaaaasse ». Ces contradictions sont un enfer mais j’espère qu’elles me sauveront la vie.

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2 commentaires sur “ Ce moment où tu es trop à l’aise en moto ”

  1. Salut,
    Cela me fait du bien de voir que je ne suis pas seul à penser comme ça.
    C’est aussi cet état d’esprit qui nous sauve la vie alors continue à penser comme ça, reste sur tes roues et fait nous vivre d’autres aventures sur 2 roues…
    Ride safe and V

  2. Slt l’ami
    C’est marrant que tu en parles de ces moments, journées, où quand tu montes sur la moto, que tu fais tes premiers mètres, tu as l’impression que tu vas toucher le genoux, même avec ma 1200GS, si si…et d’autres jours où tu as l’impression d’être à la moto école, et pourtant elle est très très loin. Dans ces moments d’euphories, je me le dis direct…arrêtes de faire ton KÉKÉ, et je coupe un peu mes ardeurs…. Bel article👍✌️

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