Portrait : Boris, technicien motard pour la presse télévisée

Ce qui est génial avec ce blog c’est que je rencontre des motards que je n’aurais jamais côtoyés autrement. Et cette semaine je te présente Boris, motard professionnel d’un genre tout particulier : technicien motard pour la presse télévisée. Il bosse pour le un grand groupe public de télévision française, et son job est de transporter les journalistes au cœur de l’information!
On connaît très peu les motards télé, parce que leur travail est justement de nous montrer des choses, pas d’être vu. Sauf exception. Alors j’ai sauté sur l’occasion et j’ai proposé à Boris de se faire tirer le portrait façon Motarologie. Il a accepté et m’a donné rendez-vous dans un petit bistrot de Boulogne-Billancourt.

Q : Depuis combien de temps es-tu motard pour la presse télévisée? Comment y es-tu arrivé?
R : J’ai commencé le 17 novembre 1987. Deux plus tard j’étais avec un JRI (journaliste reporter images) et on a filmé des images d’un incendie boulevard Exelmans à Paris, qui ont été diffusées au JT.
Je suis arrivé à ce métier totalement par hasard : j’ai remplacé un copain et finalement je suis resté. J’ai toujours été curieux de voir l’envers du décor de l’info. A la base, je n’étais pas du tout destiné à ça : j’ai fait des études en ingénierie mécanique, et ensuite j’ai été gérant d’un restaurant.

Q : C’est quoi un bon ou un mauvais motard-télé?
R : Pour être un bon motard-télé il faut être curieux, et s’intéresser à l’information. Le motard doit pouvoir anticiper les demandes et les besoins des JRI, et se placer au bon endroit pour qu’il puisse tourner de bonnes images. Il faut aussi être disponible, et savoir parfois mettre sa vie privée entre parenthèses : je pense à mes collègues qui étaient d’astreinte le soir des attentats du 13 novembre, et qui ont dû partir de chez eux en urgence pour aller dans ces endroits que tout le monde fuyait.
Le mauvais motard-télé n’a aucune de ces qualités, et ne reste pas dans le métier assez longtemps pour que tu puisses le croiser.

Q : Comment fait-on pour devenir motard télé?
R : J’ai un statut particulier, je suis technicien moto statutaire et je travaille à plein temps pour le groupe. Mais les chaines de télé n’ont pas toutes un service moto, et elles font appel à des entreprises privées spécialisées dans le transport de journalistes. Certaines chaines ou radios misent sur la polyvalence des ingénieurs du son qui font de la moto, ou des motards qui font du son. Il y a beaucoup de candidats et peu d’élus. Pour être recruté il faut avoir son permis de moto, et rencontrer la bonne personne au bon moment. Ce n’est pas facile, mais ça vaut le coup d’essayer parce que c’est un métier génial.

Q : Avec quelle moto travailles-tu? A-t-elle été modifiée pour ton usage professionnel? 
R : Je travaille avec une BMW 1200 RT. Elle a été rabaissée, et la selle a été creusée pour être adaptée à mon petit gabarit. A l’arrière j’ai un double amortisseur Öhlins renforcé car la moto roule toujours chargée.
Au niveau du poste de conduite, j’ai fait enlever les rétroviseurs d’origine, et j’en ai installés des classiques au guidon. Ca m’a permis d’amincir la moto pour plus facilement me faufiler. Et puis je trouve que les rétroviseurs bas réduisent ton champ de vision, et surtout en périphérie. Ca m’a aussi permis d’installer des manchons, qui m’auraient complètement bloqué la vue sur les rétro d’origine. Le résultat esthétique ne flatte pas vraiment la moto, mais c’est mon outil de travail : je ne lui demande pas d’être jolie, elle doit être pratique et assurer ma sécurité.
Il y aura peut-être d’autres modifications à l’avenir : on étudie  la possibilité d’installer un système de diffusion à l’intérieur du top case. Ca permettrait de gagner du temps pour transmettre les images à la rédaction, quand on est dans des endroits où les camions de diffusion ne peuvent pas accéder.

Q : Et si tu devais me convaincre de te la racheter, tu me dirais quoi?
R : Je te dirais de ne pas l’acheter, ça coûte trop cher à l’entretien!!! Plus sérieusement, c’est une très bonne moto : puissante, réactive, linéaire, fiable, et grâce à son centre de gravité rabaissé elle est incroyablement joueuse. C’est une excellente moto, et ce n’est pas pour rien si j’ai racheté la BMW 1200RT que j’utilisais avant celle-ci.

Q : Quelle a été ta première moto? Celle qui t’a fait le plus mal? Et celle que tu as gardée?
R : J’ai eu ma première moto à 16 ans, c’était une Honda 125 K5. Mon premier « gros cube » était une Honda CB Four 400 qui avait été préparée par un copain et qui prenait 200km/h compteur… sur route fermée
Celle avec laquelle je me suis fait le plus mal était une Honda GL Silver Wing… la police a mesuré ma glissade : 186,20m. C’était en plein été en 1994. Je rentrais d’une soirée GoldWing et je roulais sur le périph sous la porte de Saint Cloud. La place au-dessus avait été nettoyée et de l’eau s’était écoulée apparemment, et comme il n’avait pas plu depuis des semaines une grande flaque d’eau savonneuse et sablonneuse s’était formée… J’ai glissé jusqu’à la passerelle pour accéder au Parc des Princes, à peu près. J’ai été très sérieusement blessé au niveau de la malléole, j’ai failli perdre mon pied. Mais je n’ai jamais voulu arrêter la moto, j’adore ce sentiment de liberté que tu as en roulant. Quand tu roules à la campagne tu peux profiter des odeurs, du vent, et tu te sens proche de la nature. Même avec une voiture cabriolet je n’ai jamais retrouvé ces sensations.
J’utilise la BMW pour mes déplacements quotidiens, que ce soit mon véhicule pro ou celle que j’ai rachetée, mais la moto que j’ai gardée c’est la Silver Wing. J’adore cette moto, mais elle est tellement vieille que je n’ai pas envie de l’user donc je la garde au chaud.

Q : Ta route préférée à moto? 
R : J’ai adoré le Ballon d’Alsace, c’est vraiment magnifique!

Q : Un petit conseil pour la route?
R : La route se partage! Il faut constamment anticiper les réactions des autres conducteurs, et rester vigilant.

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