Le jour où j’ai changé mon embrayage

Il est enfin temps que je change l’embrayage de mon DR 600, honteusement massacré dans la foutue « Montée de l’Espace » de la Rando TT Pirate 2017.  Pour ça je file au garage Reuilly Moto à Paris (qui a sauvé mon V-Strom après mon accident) qui met désormais son atelier professionnel à disposition de ses clients. J’embarque avec moi mon pote Xavier, mécano de l’extrême, et en avant ! Remorque attelée, pièces neuves commandées et revue technique potassée… Tout devrait bien se passer sauf qu’il ne faut pas sous-estimer un facteur essentiel : j’ai la poisse !

Pour bien que vous compreniez l’ampleur des dégâts, mon embrayage est tellement flingué que le DR n’avance plus du tout. Ce n’est pas le genre d’embrayage fatigué qui patine quand on lui met trop de tours/minute dans les dents. Non non non, c’est bien pire que ça ! Là mon embrayage est tellement rôti que la moto refuse d’avancer quoi qu’on fasse. Je ne sais pas comment j’ai pu finir la Rando TT, mais une chose est sûre il faut absolument une remorque pour emmener la moto au garage.

Quelques minutes après avoir flingué mon embrayage…

Xavier passe me prendre à 13h et nous expérimentons ensemble le bonheur de charger une moto dans une rue en pente qui commence à être enneigée. Ce n’est pas encore galère pour l’instant mais ce petit détail est important pour la suite. Attendez un peu.

Reuilly Moto c’est le bouclard d’Erick Mercier. Aussi connu sous le petit nom de Tafioléon 1er, monarque autoproclamé de la Tafiole Team. Mon DR 600 a d’ailleurs vécu quelques années heureuses au sein de la Tafiole Team, c’est donc un petit retour à la maison pour lui.

Le deal pour avoir accès l’atelier est simple : les pièces utilisées doivent être achetées auprès de Reuilly Moto. Tu as accès à un vrai pont professionnel, une servante complète (avec plein d’outils que tu connais même pas) et les conseils d’un vrai mécano si tu as un doute. Ce n’est pas un atelier associatif ou participatif, c’est un vrai garage pro qui permet à ses clients d’avoir accès à l’atelier pour économiser la main-d’oeuvre. C’est un deal qui me convient parfaitement parce que je dois avouer que si je ne faisais pas un maximum de mécanique moi-même je ne pourrais pas faire tout ce que je fais en moto…

Changer son embrayage, au fond, c’est pas si compliqué que ça. Tu démontes dans un sens, tu mets les pièces sur le côte de façon méthodique, tu remontes à l’identique et voilà. La mécanique sur les vieilles motos c’est pas trop compliqué en théorie mais il ne faut pas sous-estimer un facteur important : la capacité des anciens propriétaires à faire de la merde. Les câbles réparés à l’arrache qu’on ne peut pas désengager correctement sans tout arracher devaient être la grande passion de l’un d’entre-eux. S’il y a bien une chose que je déteste par-dessus tout c’est le bidouillage provisoire qui devient définitif. Connaissant la Tafiole Team je sais parfaitement que cette bidouille ne vient pas d’eux, mais en 30 ans cette moto a dû avoir quelques propriétaires peu rigoureux…

Je pourrais dire que j’ai eu la joie de faire cette découverte moi-même, mais ce serait mentir puisque à ce stade Xavier a déjà pris les choses en main depuis longtemps. Car oui, je dois avouer que tout seul je n’aurais jamais réussi à changer mon embrayage. Sans l’aide précieuse de Xavier je serais resté comme un con devant mon tas de boulons. Entre les axes grippés, ceux qui sont pleins de boue séchée et les bidouilles à deux balles, accéder à l’embrayage est la vraie grosse difficulté de la journée.

Finalement Erick et Arnaud ont un peu pitié de nous et décident de nous aider dans la dernière ligne droite pour finir le remontage et les derniers ajustements. Mais cet acte de charité n’est pas si innocent que ça… Pendant que nous étions au sous-sol dans l’atelier il s’est vraiment mis à neiger et les routes sont en passe de devenir impraticables. Ça fera sans doute rigoler les montagnards, mais 5cm de neige à Paris c’est synonyme d’apocalypse. Il est donc grand temps de fuir…

Et à vrai dire il est déjà trop tard. Les routes commencent à être bloquées et chaque manœuvre est synonyme de glissade. Xavier décide de me ramener chez moi à Thiais. Petite particularité de ma ville qui a son importance : toutes les rues du centre-ville sont en pente. Pour te dire, plus tard dans la soirée j’ai croisé des gens qui faisaient de la luge dans les rues…Si tu cumules neige + pentes + pas de salage préventif des routes tu obtiens un gros bordel général. J’ai arrêté de compter le nombre d’accrochages que j’ai vu. Des gens ont même abandonné leur voiture sur place.

La rue menant jusqu’à chez moi est bien évidemment en pente elle aussi. Pour y accéder il y a une pente encore plus forte que la voiture de Xavier ne parvient pas à grimper… Les roues patinent. Première, seconde, rien à faire. L’embrayage de la voiture commence à chauffer. Je vois déjà d’ici le moment où il faudra changer l’embrayage de la voiture de Xavier parce qu’il est venu m’aider à changer l’embrayage de ma moto… Le serpent se mord la queue.

Nous voilà en train de bloquer totalement le trafic dans une ville déjà à moitié paralysée par 2 pauvres centimètres de neige. J’éclate de rire à cause du ridicule de la situation mais pas le temps de niaiser. Nous sautons hors de la voiture et nous déchargeons la moto comme ça à l’arrache. Je glisse, je manque de me casser la gueule, je traîne la moto comme je peux jusqu’au premier morceau de trottoir que je peux trouver. Xavier réussira à poursuivre sa route une fois que sa voiture aura été allégée. Le pauvre mettra plus de 3h à rentrer chez lui après ça… Xavier, je ne te remercierai jamais assez.

J’enfile mon casque à l’arrache et je grimpe sur le DR, en pente, avec des voitures qui glissent partout autour de moi. Toute la moto est recouverte de neige et je parviens à trouver à peu près l’emplacement du neiman. Je tourne la clé et… rien. Pas de phare, pas de loupiote sur le tableau de bord. Je ne sais pas de quand date la batterie, la moto n’a pas roulé depuis longtemps et avec ce froid ça ne me choque pas plus que ça. Elle a très bien pu lâcher. Alors je pompe sur le kick. Encore et encore. Rien. Tandis que je m’épuise sur le kick je balaye la neige du tableau de bord d’un geste quasi automatique… Et je m’aperçois que le neiman est sur « P » ! Tu sais, ce truc que personne au monde n’utilise et que tu n’arrives jamais à enclencher quand tu veux tester !

Je tourne finalement la clé sur « on » et forcément ça fonctionne mieux d’un coup ! Je démarre la moto tant bien que mal après une bonne dizaine de coups de kick, grâce à mon décompresseur capricieux. Je mets les gaz pour ne surtout pas caler, ce qui aboutit inévitablement à un joli démarrage en drift. C’est presque classe ! Je remonte la rue tant bien que mal. Je double comme je peux des voitures qui se sont plantées sur le côté et qui ne peuvent pas redémarrer. Je tente un magnifique interfile tout en glisse et je m’engage dans une intersection totalement bloquée par un SUV à la dérive. Je me sors de cette minuscule bulle d’enfer et je me rapproche enfin de chez moi.

Prendre des gros flocons dans la tronche et avoir régulièrement la roue arrière qui essaie de doubler la roue avant c’est quelque chose… J’ironise en me disant que le Trophée Andros n’est plus si loin mais le DR n’a pas dit son dernier mot. Cet enfoiré de « Gromono » me fait le coup de la panne à 200m de chez moi… Je bascule sur la réserve mais le redémarrage au kick dans la neige en pente est l’épreuve de trop. Tant pis, je finirai par pousser la moto en prenant ma rue à contre-sens pour ne pas avoir à me la taper dans le sens de la montée.

Je m’en souviendrai longtemps de cette journée… Lorsque je me pose enfin chez moi j’ai le sentiment d’avoir vraiment appris ma leçon : plus jamais de ma vie je n’utiliserai l’embrayage pour grimper une foutue côte !


L’atelier chez Reuilly Moto en résumé :

  1. Les pièces utilisées dans l’atelier sont uniquement celles qui ont été achetées à Reuilly Moto
  2. Un forfait à 40 euros pour 2 heures d’atelier (sur rendez-vous)

Reuilly moto
59 Bd PONIATOWSKI 75012 PARIS
Tél : 01 56 95 01 21
Ouvert du mardi au vendredi de 8h30 à 12h30et de 13h30 à 19h00
Le samedi de 9h00 à 12h30 et de 14h00 à 17h30.
Fermé le lundi

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