Le « far east » Bosniaque

Nous partons du parc des lacs de Plitvice direction Mostar, en Bosnie-Herzégovine. A peine la frontière passée le dépaysement est total. En quelques kilomètres on se sent vraiment loin de chez nous. Face à ces énormes espaces vides et abandonnés j’ai cette vive impression de « far east ». Bienvenue en Bosnie !

A la frontière, le douanier nous offre un contrôle façon « bataille de regards ». Un peu comme s’il avait des rayons X dans les yeux et qu’il essayait de deviner la couleur de nos slips. Le douanier finit par nous laisser passer avant de nous gratifier du premier tampon sur les passeports depuis le début du voyage. C’est très symbolique : on sort enfin de notre zone de confort de petits européens.

Nous longeons la frontière croate pour traverser le Parc Naturel Una. La route devient rapidement très très traître (à répéter le plus rapidement possible) : le bitume offre peu de grip, même là où il n’est pas déformé, et il y a pas mal de graviers.

Mais c’est pas le pire. Un peu avant Kulen Vakuf nous découvrons enfin le vrai visage des routes bosniaques et leur côté bien vicieux dès qu’on sort des grands axes. Le bitume est magnifique. La route est large et lisse, et les quelques petits virolos sont un vrai pousse au crime pour dégourdir nos pneus endormis.

Et là… sans prévenir… bien caché derrière une petite bosse, totalement invisible et pas signalé du tout : une gravel road ! Et pas de la gravel road gentillette pour flatter l’ego des touristes en mal d’aventures. Non. De la gravel road bien pourrie, avec des ornières grosses comme un bœuf et des nids de poule absolument partout. Le gros problème c’est qu’on déboule là-dedans un peu fort. On ne roule pas à fond comme des idiots non plus, mais suffisamment pour avoir la trouille de notre vie.

Dans ce cas-là tu fais quoi toi ? Je sais pas d’où me vient cette idée mais je pile comme un âne sur les 30m de bitume qu’il me reste avant les cailloux, et ensuite je lâche tout en espérant que la moto va ralentir d’elle-même. PEB est dans la même situation que nous. Il me dépasse par la gauche, dans les graviers. Je me répète « il arrive trop vite! il arrive trop vite ! et moi aussi bordel !!! ». Pendant deux secondes interminables je nous vois par terre, les motos éclatées et en mille morceaux. Et Anaïs… si je la blessais je m’en voudrais à vie.

Et finalement ça passe ! CA PASSE ! Les motos ralentissent d’elles-mêmes. Surtout pas de frein avant, un léger soupçon de frein arrière et surtout tu serres les fesses. Voilà ma formule magique pour me sortir d’une situation pareille. Les 4 kilomètres de gravel road me paraissent interminables. Je tremble comme une feuille sur la moto mais je ne veux surtout pas m’arrêter. Dès que nous retrouvons le bitume, la pause s’impose. PEB et moi on se saute dans les bras… on vient d’échapper à une belle connerie encore.

Et là, sorti de nulle part, un Bosniaque débarque avec sa camionnette. Il parle parfaitement le français car il nous dit avoir travaillé en France pendant 16 ans. -« Qu’est-ce que vous faites ici ? » -« On voulait voir le parc Una » -« Quel parc ? Ca ? Quelle idée de merde… ». Je suis assez d’accord…

Il nous reste 250km jusqu’à Mostar et les paysages s’enchaînent et ne se ressemblent pas. On passe par de la montagne recouverte de forêt, des zones désertiques, arides et rocailleuses. On ne voit personne pendant des kilomètres et des kilomètres. Ces grands espaces me donnent envie de tourner à gauche dans un petit chemin et de partir comme ça, à l’aveuglette, pour découvrir ce qui se cache au fond.

Sauf qu’en Bosnie il ne faut jamais sortir des routes et des chemins balisés parce qu’il reste encore des mines antipersonnel. Les traces de la guerre sont encore très visibles. Je ne compte plus le nombre d’impacts de balles sur les murs, les maisons à moitié détruites et totalement abandonnées. La Mort est vraiment palpable et pesante. Vous comprendrez aisément pourquoi je ne me suis pas arrêté sur le bord de la route pour prendre ces maisons en photo…

Nous arrivons enfin à Mostar, et son pont (reconstruit après la guerre) nous accueille à bras ouverts. Nous découvrons une petite ville au potentiel touristique qui se cherche encore.

Sur les conseils avisé d’Anto la Baroude, nous filons au « Black Dog Pub » tenu par l’excellentissime Stephen, un américain arrivé à Mostar pendant la guerre pour aider les civils blessés et qui n’est jamais reparti. C’est aussi un biker de l’extrême, qui s’est fait Afghanistan – Mostar en moto, en 45 jours, parce que ça le faisait marrer. C’est le genre de mec qui a une quantité astronomique d’anecdotes à te raconter, le genre de personnage aussi génial et adorable que tu rencontres rarement dans ta vie.

Difficile de retranscrire la soirée que nous avons passée avec Stephen. Allez le voir et dites-lui bonjour de notre part, et vous comprendrez…

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3 commentaires sur “Le « far east » Bosniaque

  1. Là on sent que c’est la grosse grosse aventure !
    Et malgré tout ça, vous n’avez même pas l’air fatigués sur les photos x)

    Sacrées photos encore une fois d’ailleurs 😉

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