Chasse au Soleil #10 : la boucle est bouclée

Voilà, notre petite virée improvisée en Corse touche déjà à sa fin. Pour boucler la boucle nous remontons jusqu’à Bastia en traversant les Aiguilles de Bavella. Et une fois arrivé je m’octroie un petit plaisir solitaire…

Zonza et les Aiguilles de Bavella

Je n’avais aucune idée de la route à emprunter pour traverser la Corse en diagonale donc j’ai écouté les conseils des locaux : passer par les Aiguilles de Bavella. Et alors là je peux te dire que ça fracasse la rétine ! Je commence à me dire que j’aurais dû demander mon chemin plus souvent…

Ma chère et tendre me sussure dans l’intercom un petit « nan mais tu vas quand même pas t’arrêter toutes les 2 minutes pour prendre des photos ?!! »... Heureusement qu’il y a pas mal de bagnoles de touristes en file indienne, ça me donne une excuse pour m’arrêter. Je les laisse filer devant et puis bah tant que j’y suis autant faire quelques photos hein…

Une fois en haut du Col de Bavella, je me gare juste à côté de la guérite du préposé au racket gardien du parking. Les bagnoles n’ont pas d’autre choix pour se garer, mais moi oui. Ça a l’air de bien l’emmerder que je puisse me garer correctement en dehors de sa machine à billets. Tant pis pour lui ! C’est typiquement le genre de petit truc qui m’amuse…

La côte Est jusqu’à Bastia

Difficile de faire plus monotone que la route qui longe la côte est de la Corse. On m’avait dit que les paysages avaient moins de charme mais c’était encore loin du compte. Depuis la route ça ressemble presque à la Grande Motte : des plages de sable à perte de vue et des parcs à touristes presque tout le long. Chacun son truc après tout mais bon…

Ca fait déjà quelques heures que nous roulons donc au bout d’un moment le V-Strom commence à crier famine. Et même en nous arrêtant dans une station service d’une grosse multinationale bien agressive on trouve uniquement… des produits corses ! Même les petits sandwichs triangulaires de base sont estampillés « Corsica ».

Ça ne rassemble pas pour autant à un petit boui-boui à touristes qui se la jouerait « boutique typique ». Non, c’est juste une station service qui ne vend que des produits locaux parce que c’est comme ça que ça marche en Corse. T’es en Corse, tu vends du Corse un point c’est tout.

En arrivant à Bastia nous posons nos valises dans un hôtel à deux pas du port. Notre ferry part tôt demain matin et on n’a pas envie de galérer à démonter la tente à la frontale.

Le Cap Corse en solitaire

Ça fait 10 jours que ma copine se fait trimbaler en moto de camping en camping, de virages en virages, et elle a jamais râlé une seule seconde. Mais une fois qu’on s’est posé à l’hôtel je sens bien qu’elle n’a pas vraiment envie de repartir pour un tour, mais plutôt de faire le stock de figatellu et de pâté pour soigner le blues du retour.

Ouais mais bon le Cap Corse est juste à côté, ce serait bête de ne pas en profiter ! Et là, elle me dit : « vas-y tout seul, je vais me balader dans Bastia ». Ça résonne un peu comme une sorte de bénédiction divine. Avec le rayon de soleil qui perce les nuages, les anges qui sonnent les trompettes et le lâcher de colombes. Alors qu’en fait je la suspecte d’en avoir juste marre de voir ma tronche non-stop depuis 10 jours… Pas fou, je pose quand même la question de sécurité : « T’es sûre? » – « Oui vas-y, te dis-je ».

Et alors là je peux te dire que je le tiens plus le V-Strom ! On dirait un chien fou qui saute partout dès que tu lui dis qu’on va se promener. Il est tellement excité qu’il me sort le grand jeu, je suis même pas arrivé à la pointe du Cap que les bandes de peur de mes pneus ont déjà commencé à disparaître. Mais quand tu te sens fort sur la route c’est toujours le signe qu’il faut s’arrêter avant de faire une connerie…

Ça tombe bien, il y a une petite paillote pile en face de l’île de la Giraglia. L’occasion de prendre un petit café avec une vue qui déchire. Le patron est un petit papy et je suis son seul client pour l’instant. Mais vu l’endroit je me dis que c’est uniquement dû au fait que la saison n’a pas encore vraiment commencé.

Il me rappelle un peu mon grand père, c’est un vieux monsieur avec le sourire jusqu’aux oreilles et le mot gentil. Il est vraiment adorable et on discute comme ça de tout et de rien, même si je vois qu’il est à moitié sourd et qu’il ne comprend pas tout ce que je lui dis. Ça donne une conversation un peu surréaliste et il se trompe complètement dans ma commande, mais tant pis.

Je profite tranquillement de la vue et de mes dents avant qu’elles ne fondent à cause du triple-ristretto de bûcheron que le papy vient de me servir.

Le décrassage de fin de vacances

Je reprends la route pour finir la boucle autour du Cap Corse par la côte ouest. Et en arrivant au niveau du Port de Centuri, juste en dessous des éoliennes, je me prends la plus grosse claque du voyage… J’ai devant moi une route panoramique qui serpente le long de la côte en dominant la mer. Et j’en ai pour 50km comme ça !

Je ne sais pas si c’est à cause de la dose létale de caféine que je viens d’avaler mais je me sens ultra concentré. Je range mon cerveau dans ma sacoche de réservoir et j’ouvre les gaz en grand. Cépabien je sais, mais tant pis. Cette balade en solitaire commence à prendre des allures de spéciale. Je ponce méthodiquement mes cales-pied, qui fondent comme neige au soleil, et mes bandes de peur sont définitivement de l’histoire ancienne. Même ma béquille centrale finit par gratter. Ça doit faire de belles étincelles vu de derrière… 

Et pour emmerder les copains coincés au boulot dans la grisaille parisienne, je leur envoie bien évidemment des photos de tout ça pour les narguer. J’ai toujours été quelqu’un de très généreux.

Bilan du voyage :

Cette escapade autour du Cap Corse est le petit moment de n’importe quoi que je m’accorde à la fin de ce voyage de 10 jours. Organisé jusqu’au moindre détail pendant de longs mois et entièrement chamboulé au dernier moment, ce voyage aura été une succession de surprises, de grosse claque, et de moments fabuleux.

Mais tout ça n’aurait pas été aussi génial sans ma copine, Anaïs, qui faisait son tout premier voyage à moto. Plus de 2000km sur la selle sans jamais râler, sans jamais être négative, sans jamais regretter une seule seconde de s’être lancée dans cette petite aventure avec moi. 10 jours à se faire trimbaler jusqu’à l’autre bout de la France, sur autoroute, en bateau, sur des routes de montagne aux airs de bout du monde…

Bref on ne vient pas non plus de se taper un Paris-Dakar en duo sans assistance, faudrait pas me faire dire ce que je ne dis pas. Mais c’était une expérience intense, riche en émotions avec des nouvelles surprises tous les jours. Je suis un ancien psychopathe de l’organisation en plein repenti mais je me soigne. Avec ce voyage j’ai découvert une façon de voyager qui me plaît et qui me convient. Sans avoir de plan, en vivotant au gré du vent et de mes envies sans me cloîtrer dans un plan immuable et sacré.

Sur la route du retour je n’avais qu’une seule chose en tête : le prochain voyage.

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10 commentaires sur “Chasse au Soleil #10 : la boucle est bouclée

  1. Félicitations à tous les deux alors ! 🙂
    Je vais tenter de soigner la même « maladie » de l’organisation et de mon esprit trop cartésien avec la même méthode 🙂

    1. Pas facile de détendre le string quand c’est pas ton comportement naturel… J’en sais quelque chose !
      Faut se forcer un peu… J’essaie de plus en plus et la semaine prochaine ça va être l’occasion de se lâcher un peu

  2. La Corse tu l’as faite une fois rt tu y reviens toujours…Je prepare ma sixieme escapade sur cette merveille pour motard….Il me reste encore deux ou trois routes a explorer…que du bonheur…..merci du reportage

      1. Merci pour les compliments.

        Et pourtant les plus belles photos sont celles qui ne figurent pas sur le blog.
        Toutes celles que nous avons dans la tête tout au long de la route et dont on se dit : aller pas le temps de s’arrêter pour celle-ci, on la garde pour nous.
        Et je regrette bien que l’image ne soit jamais assez grandes pour y faire entrer toutes les émotions qui me passent pas la tête devant tant de beauté.

        1. On est d’accord ! Et puis il y a aussi les vues que tu ne peux avoir qu’à un endroit très spécifique mais où tu ne peux pas t’arrêter parce que ce serait trop dangereux… Je photographie peu (100 photos sur tout le mois de juin à moto, 40 sur la route jusqu’en Pologne). Je stocke un maximum de souvenirs dans mon p’tit cerveau et j’essaie de faire en sorte que chaque photo compte 🙂

  3. Pour les photos où il est impossible de s’arrêter, ma passagère a son appareil et cadre en roulant… C’est sur qu’elle ne le fait pas dans une montée de col en mode grattage de repose-pied mais avec l’habitude on sort de jolies choses (et souvent un poteau téléphonique en plein mais en plein milieu).
    L’appareil est un petit compact léger, on l’a sécurisé avec un petit mousqueton relié à l’étui.

    1. J’y avais pensé aussi, mais je n’ai pas de petit compact de qualité et hors de question de balancer le reflex au bout du bras. Du coup j’avais prévu la GoPro pour filmer les beaux paysages, mais au début du voyage elle ne marchait plus. La poisse !

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